Réflexion clinique sur le temps et le soin
Dans notre société moderne, la longévité est souvent présentée comme le résultat de la performance.
Plus de discipline.
Plus de contrôle.
Plus d’optimisation.
Comme si la vie était quelque chose à conquérir,
plutôt qu’un processus à accompagner dans le temps.
Sur le plan clinique, la longévité n’appartient pas forcément
aux plus forts, aux plus rapides, ni aux plus résistants.
Elle appartient à celles et ceux qui respectent le rythme.
La performance agit à court terme
Le rythme permet de durer
La performance repose sur l’effort.
Le rythme repose sur l’alternance.
Action et récupération.
Mouvement et immobilité.
Expression et intégration.
Lorsque l’une de ces dimensions disparaît,
le système ne devient pas plus efficace.
Il devient plus fragile.
Ce qui ressemble à de l’endurance
est souvent un épuisement retardé.
Le corps fonctionne par cycles, pas par échéances
Le corps humain ne fonctionne pas en ligne droite.
Il suit :
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des rythmes veille–sommeil
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des cycles hormonaux
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des oscillations du système nerveux
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des phases d’activité et de réparation
La longévité apparaît lorsque ces cycles sont respectés —
et non lorsqu’ils sont constamment dépassés.
On peut aller à l’encontre du rythme pendant un certain temps.
Mais le temps finit toujours par répondre.
Pourquoi tant de personnes « performantes » s’épuisent tôt
En consultation, je rencontre souvent des personnes qui ont tout fait « correctement ».
Elles travaillent.
Elles s’entraînent.
Elles tiennent.
Et pourtant, leur corps montre des signes d’usure précoce.
Non pas par manque de discipline,
mais parce que la discipline a remplacé l’écoute.
Une vie fondée uniquement sur le rendement
finit par oublier comment se régénérer.
La longévité ne consiste pas à faire moins
Mais à faire autrement
Choisir le rythme ne signifie pas se retirer de la vie.
Cela signifie s’engager sans tout consommer.
Savoir quand l’effort construit,
et quand il érode.
Permettre à la récupération de faire partie de la force,
et non d’en être l’opposé.
Une lecture clinique du vieillissement
Le vieillissement n’est pas la conséquence du repos.
Il est souvent le résultat
d’une accumulation de déséquilibres non réparés.
De petits déficits répétés jour après jour
ont plus d’impact que des événements ponctuels.
On ne perd pas la longévité en un instant.
On l’échange progressivement contre l’intensité.
Le rythme est un acte de soin
Respecter le rythme n’est pas passif.
Cela demande de l’attention.
De la retenue.
Et parfois du courage —
surtout dans une culture qui valorise l’excès.
Mais c’est le rythme qui permet au corps de rester adaptable.
Et l’adaptabilité est le véritable fondement de la longévité.
En conclusion
La vie ne nous demande pas de prouver quoi que ce soit.
Elle nous demande de durer.
Non pas en performants sans cesse,
mais en apprenant quand s’arrêter,
quand récupérer,
et quand repartir.
La longévité n’est pas une performance.
C’est un rythme.
Et ce rythme peut toujours se réapprendre.
