Comprendre le système nerveux dans l’épuisement
L’un des aspects les plus mal compris de l’épuisement est le suivant :
Certaines personnes ne sont pas fatiguées parce qu’elles travaillent trop.
Elles sont fatiguées parce que leur système nerveux a perdu la capacité de se poser.
En consultation, j’entends souvent :
« Quand je ralentis, je me sens plus mal. »
« Si je m’arrête, l’angoisse monte. »
« Le repos me met mal à l’aise. »
Ce n’est ni un manque de volonté,
ni une fragilité psychologique.
C’est un état physiologique.
L’épuisement n’est pas seulement de la fatigue
On parle souvent de burn-out en termes de fatigue, de démotivation ou d’épuisement émotionnel.
Mais en profondeur, il s’agit surtout de ceci :
un système nerveux resté trop longtemps en mode d’alerte.
Lorsque le système d’activation (celui qui permet d’agir, de tenir, de faire face) reste dominant trop longtemps,
le repos n’est plus perçu comme sécurisant.
Le silence devient inconfortable.
L’immobilité donne une sensation de perte de contrôle.
Bouger, s’activer, rester dans l’intensité devient alors une manière de se réguler —
non pas un signe de vitalité, mais une stratégie de survie.
Quand le repos déclenche une alarme
Pour un organisme régulé, le repos permet de récupérer.
Mais pour un organisme déséquilibré, le repos peut provoquer :
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une agitation intérieure
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des pensées envahissantes
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des vagues émotionnelles soudaines
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des sensations corporelles désagréables
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un sentiment de vide ou d’insécurité
Dans ces situations, « ne rien faire » n’apaise pas.
Cela enlève simplement le dernier moyen que le corps avait trouvé pour tenir.
C’est pourquoi dire à une personne épuisée
« il faut juste vous reposer »
ne fonctionne souvent pas.
Le repos ne peut pas être forcé
En médecine chinoise, on parle de Yin pour désigner les processus de récupération, d’ancrage et de régulation interne.
Mais le Yin ne se commande pas par la volonté.
Un corps qui a vécu trop longtemps dans l’effort et la tension
n’entre pas brusquement dans le calme.
Il a besoin d’être guidé,
pas contraint.
La récupération ne commence pas par l’arrêt,
mais par la diminution de la sensation de menace à l’intérieur du corps.
Une approche clinique progressive
Mon rôle n’est pas de pousser les personnes à rester immobiles ou à « lâcher prise ».
Il est d’aider le système nerveux à retrouver progressivement la sensation que le repos peut être sûr.
Cela se fait étape par étape :
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en ralentissant doucement le rythme interne
-
en travaillant à partir de zones corporelles qui apaisent sans provoquer de réaction
-
en restaurant un sentiment de sécurité dans le corps, sans le brusquer
Ce n’est qu’à ce moment-là que le repos redevient réparateur,
au lieu d’être déstabilisant.
L’épuisement n’est pas un échec du repos
C’est une perte de la capacité à se sentir en sécurité en se reposant
Et cette capacité peut se reconstruire.
Pas par la force.
Mais par le rythme.
